Monsieur OUAPOUAP

Bienvenue dans le monde de monsieur OUAPOUAP que certains ont déjà pu lire sur le net. Il s'agit d'un humain qui a la particularité de pondre sur le papier, des mots, des phrases, des petits textes pour le bonheur des curieux...

17 mars 2007

SOUVENIR D'UN BAISER AMER (7)

Souvenir d’un baiser amer (7)

L’arrivée inopportune de son père à une heure aussi inconditionnelle, n’était pas étrangère aux aléas qu’impliquait l’emploi du temps atypique dû, à un travail stressant et dangereux, pensais-je.

Une soudaine panique s’empara de nous dans la chambre à l’instant où, nous étions en train de découvrir les prémisses d’un amour prometteur.

Foudroyant comme un éclair, cette entrée en grande pompe sur la scène de nos émois, d’un intrus sans façon, nous avait subitement consterné, effaré, angoissé, atterré, affolé que dis-je, et comme ce baiser qui vous transforme en surhomme, d’un coup se perd dans un mélange sulfureux d’acide ammoniaque.

Oui, j’étais devenu aussi colérique qu’un despote à la fin de son règne. 

La malchance nous ôta ce bonheur tant attendu, comme un mur qui devait coûte que coûte s’ériger au milieu de nulle part mais, à un moment stratégie de notre relation qui hélas, débutait à peine. Ainsi, l’arrivée impromptue du père sonna le glas de ce moment magique que, nous venions de vivre avec un immense bonheur. Ce fut comme une sorte de danse nuptiale où nos caresses s’étaient enjolivées de tendresse. La providence, l’ignorance ou une certaine naïveté ne pouvait être la cause de ce moment pénible que nous allions vivre car, ce fut tout simplement un hasard de circonstance et rien d’autre.

Une idée saugrenue me vint à l’esprit comme si j’étais par exemple, entré par effraction dans la salle des coffres de la banque de France en pleine nuit, et que par un caprice d’enfant, le directeur voulut à une heure inhabituelle prendre la température des lieux pour s’assurer que tout allait bien.

Surpris, oui, nous étions manifestement désemparés, et nous savions pourtant qu’inéluctablement…

Nous étions fait comme des rats !

Il faut  trouver une solution au plus vite face à un tel scénario qui, pourrait se transformer en drame ou bien, se refermer sur nous comme un piège.

Le visage de ma petite amie, était devenu aussi blême qu’un ciel d’hiver. La colère se lisait sur ses yeux, folle de rage, je voulu la rassurer, mais en vain, impuissant, j’étais comme un capitaine de vaisseau sans son navire et ses canons !

Le rouleau compresseur était en marche et rien ne pouvait dorénavant l’arrêter…

Elle entrevue à de nouveau son père par la fenêtre qui venait d’ouvrir le portail et se faufilait d’un pas ferme dans le jardin, empruntant le chemin caillouté pour accéder à la porte de la maison.

Me regardant d’un air désemparé comme pour m’annoncer la fin d’une civilisation, je compris qu’il se passerait à cet instant, quelque chose d’anormal, et l’étrange intuition que j’allais être en danger de mort me frôla l’esprit stupidement ! Pensais-je !

La maladresse ou l’ironie du désespoir, une envie de vomir me chatouilla l’esprit. 

Mais l’heure n’était plus dédiée aux fantasmes ou autres babioles philosophiques.

Spontanément, elle me dit d’une voix grave.

- Je ne peux pas te présenter à mon père car, il est très raciste et il porte un pistolet… C’est un policier !

A ma grande stupeur, je n’étais paradoxalement pas vraiment surpris d’entendre pareille remarque, et sans y accorder une attention quelconque, je pensais autant qu’elle, que nous devrions trouver une solution au plus vite pour échapper à ce destin fatal qui prenait une signification toute funeste.

On sentait monter l’adrénaline en nous comme une sorte d’étrange sonnette d’alarme sans sombrer paradoxalement dans une panique désordonnée.

C’est dire que même dans vos pires cauchemars, l’instant présent devient si irréel qu’il en faut peu pour que nombres d’individus se mettent à sombrer dans une sorte de folie et, c’est le drame assuré à tout prix.

Ainsi le plus souvent, le cerveau humain est capable d’analyser aisément le terrain des hostilités en un temps record, et prendre la décision la plus adéquate, significative afin de protéger son âme en toute quiétude.

Se cacher sous le lit était une idée saugrenue.

Sortir de cette chambre devenait inconcevable et me retrouver nez à nez avec un monstre allait inéluctablement me pousser à un acte incontrôlé.

Ne tenant pas à faire la une des journaux et encore moins un bouc émissaire dans la gamme des fausses notes, timide que j’étais alors, m’aurait attiré certainement les pires ennuies.

Pour tout vous dire, j’étais aussi désemparé que ma bien aimée.

C’est alors que nous fixâmes une imposante armoire qui dominait un recoin de sa chambre et comprirent comme une providence et remarquable évidence, qu’elle ne pouvait qu’être la solution au problème urgent du moment.

Dieu soit loué ! Pensais-je, tout en contrôlant l’excitabilité d’humeur sans commune mesure avec le danger que je courais.

Je me sentais comme un petit chien qui voyant une grosse cuisse de dinde apporté par son maître, se mit à remuer sa queue dans tout les sens giratoires inimaginables. Voulais-je me prouver que je tenais la situation en main ou essaye-je par un sens du comique de libérer la peur qui grandissait en moi ?

- Rentre là-dedans et pardonne moi ! Dit-elle de sa voix douce et devenue presque inaudible.

- N’aie pas peur ma chérie ! Lui dis-je comme pour apaiser une vive douleur provoquée par une piqûre d’insecte.

- Je comprends parfaitement la situation…

Et sache que ce moment pénible n’est rien eu regard de notre amour !

- Je t’aime, me confia t-elle. Dans une délicate attention où le verbe englobe toute une passion amoureuse et vous pénètre viscéralement au plus profond de votre âme.

A ce moment là, un carillon se fît entendre dans la maison et la porte de l’armoire se referma dans un bruit assourdissant aussitôt sur ma personne !

Vlan !...

N’ayant même pas eu le temps de lui donner la réplique au « Je t’aime » qu’elle me glissa à l’oreille si délicatement.

Je perdis son doux visage dans une obscurité qui me saisissa à la gorge comme un couteau menaçant mon intégrité. J’avais soudainement pris conscience que je venais de me cacher dans une armoire.

Horreur !

Ce n’était pas un jeu d’enfant. Celui dont j’aimais à partager à un âge lointain, d’excitants et intrépides manigances que je ne s’aurai aujourd’hui prendre à la légèreté.

Cette cachette de fortune qui se situait au fond du jardin, se résumait à un amas de bois arraché aux arbustes les plus fragiles, de détritus composés de boîtes en carton, de couvercles de seaux en plastiques et de pneus de vieilles voitures dont nous en avions fait une cabane en bois qui malheureusement servait de garde-manger aux rats. Mes parents s’affolaient à chaque fois que nous étions en train de jouer à l’intérieur par peur que nous ne nous fassions mordre par un de ces vilains rongeurs.

C’est alors que j’entendis faiblement la voix de son père au loin.

Ce fut une voix grave et assourdissante (Une sorte de grognement animal) qui envoûtait les lieux afin d’affermir une certaine forme d’autorité comme un coq sur son perchoir dominant une assemblée de crétins.

Ceci me fît penser à l’autorité parentale qui dans certaines familles déchirées peut parfois prendre des tournures calquées sur un régime dictatorial sans rapport avec une quelconque éducation équilibrée somme toute relative.

Le tyran gouverne en toute bonne foi sans qu’une loi équitable puisse distribuée les bons et mauvais points dans une clarté absolue.

Alors, tu encaisses les coups, les blessures, les brimades et les séquelles ne sachant comment réagir face à une forme de maltraitance dont seul toi est capable d’analyser cet état de fait car, conscient que quelque chose ne tourne pas rond dans ce qui devrait être un cocon de miel et d’amour, et comme une monstruosité cachée et honteuse, la somme des souffrances qu’incarne une telle panoplie de perversité est enfouie dans l’abyme des horreurs à jamais.

Ceci dit, le pire est l’explication qui ne vient jamais.

Le pourquoi une personne saine et équilibrée, se doit de subir une certaine forme de maltraitance qu’elle que soit le niveau, le degré de réprimande. On conçoit toujours une certaine forme d’injustice et d’incompréhension face à l’adversité bestiale.

Tant bien que mal, le plus souvent, la mauvaise humeur, une réplique mal placée au bureau, une vie remplie de frustrations, un monsieur ou une femme en manque d’affection, la facture ou le loyer en retard, une mésentente entre les parents, peuvent propager le mal comme une insatisfaction pimentée de perversité au détriment de son compagnon ou de son enfant.

On croit aimer l’autre le plus sincèrement qui soit au monde comme un principe bien établi et conforme à l’image que l’on se fait de l’amour. Bêtise ! L’amour n’est pas un billet de loterie et à fortiori une marchandise. On aime quelqu’un parce qu’il nous plaît mais aussi pour ses défauts, et toc !

Aussi, la mauvaise humeur n’explique pas tout, certes, mais elle ne doit pas être systématiquement le fil conducteur d’Ariane pour se distiller, se disperser dans la cohue de ses malheurs.

Revenons donc au moment opportun qui nous préoccupe ici.

Un père de famille revient à la maison à une heure inhabituelle, alors que sa fille unique a invité son petit ami à passer un moment de tendresse et de bonheur…

 

Visiblement, il semblait mécontent et fit une réplique assez sèche à sa fille qui n’était pas venu lui ouvrir la porte de l’entrée de la maison.

Puis, vint le calme comme après le passage d’un ouragan sur une bourgade qui fut jusqu’à ce jour un lieu de villégiature ou les gens s’adonnèrent à la paresse du bien être sans fioriture et déconfiture comme un besoin vital de survivance.

Un soleil radieux reprit alors ses forces d’antan et déploya ses rayons sur la nature humaine.

Pensées incongrues puisque je venais d’être plongé dans une pénombre où l’ombre d’un filet de lumière n’était qu’un pur fantasme. En quelque sorte, j’étais plongé dans un noir comateux ! Pensais-je dubitatif et sot comme un renard pris au piège bêtement.

Ainsi, c’est en entrant dans cette armoire que, je me mis à penser à Alice Carol. «De l’autre côté du miroir».

Cà y est, je suis passé d’un monde à un autre d’une étrangeté sans pareil à celui dans lequel je pensais que tout ou presque était acceptable ! Pourtant, ici, les choses de la vie ont l’air de prendre des formes et des dimensions inimaginables.

Tout ce que j’avais appris depuis ma tendre enfance avec mes parents, mes amis et à l’école sur le monde, m’était devenu presque incompréhensible.

Je croyais à un  monde facile où les gens s’aimaient et pouvaient se parler et se comprendre.

Mais la réalité du moment fut un couperet net à mes espoirs de jeune homme qui était en train d’apprendre pas à pas la misère démesurée d’une mésaventure qui se profilait sous mes yeux et dont j’étais un des protagonistes !

Merde ! Qu’est ce que je fou dans cette armoire ?

Je me rappelai avoir regardé le réveil de couleur pourpre sur son secrétaire qui indiquait 14heures.

Depuis, j’ai eu l’impression que l’heure s’était arrêtée.

Mon dieu ! Je suis dans de beaux draps !

Me voilà fait comme un rat prit entre des pantalons et des robes ! Me dis-je en chuchotant à voix basse.

La situation plus que cocasse allait, cependant, devenir de plus en plus pénible corporellement car, j’étais recroquevillé comme une bête qui pour éviter d’avoir froid, ressemblait à une espèce étrange de matière organique enroulée sur elle-même.

Je n’étais évidemment pas préparé à ce genre de situation.

Débile ! C’est complètement insensé de vivre pareille aventure ! Pourquoi fallait-il qu’une chose de cette amplitude m’arrive à moi ?

Allons courage mon garçon ! Me dis-je, ne serait-ce que pour m’encourager à supporter ce que d’autres auraient pris pour une gageure.

Ce n’est pas la fin du monde ! Il faut prendre son courage à deux mains…

Cependant, j’avais de la peine à croire que j’étais enfermé dans une armoire pour sauver ma peau tout simplement.

Ce à quoi tient une vie n’est rien en comparaison aux petits bobos qui peuvent vous opter le bonheur d’un amour.

Je dois être complètement cinglé, siphonné, aliéné, dément, désaxé, déséquilibré, détraqué, frapadingue, frappé, jobard, loufoque, maboul, marteau, piqué, sonné… Et que me réserve encore le destin pour compléter ma panoplie de noms et d’adjectifs sulfureux ?

Conscient que j’allais passer un temps indéterminé, interminable (Sans aucun doute) et minable dans cette coquille de pacotille de foutu armoire…

Oh là là ! Doucement ! Freine ta colère morpion ! Me dis-je pour atténuer et dégourdir mes jambes.

Il est vrai que je commence à m’impatienter car, je viens à peine d’être enfermé dans cette foutue armoire.

Seigneur protégé moi ! J’aurai besoin de manger une tablette de chocolat pour oublier le temps.

Je pense aux astronautes dans leur cabine spatiale, naviguant seuls dans l’espace, le noir profond de l’univers, ce clair-obscur qui devient un ami ou ennemi, peu importe et m’importe le moment. Je divague et me laisse aller au gré d’un vent indomptable.

A boire ! A boire ! La soif me guette. Je me sens desséché et mourir à petit feu. J’exagère sans doute car je ne me suis pas perdu dans les sables d’une tempête, pas plus que dans le désert du Sahara.

Pourtant, je voudrais être une sauterelle et gambader sur le sable brûlant au gré d’un vent poussiéreux et dangereux, qui caresse ma peau comme des couteaux faire la nique à monsieur de la tribu des enragés.

Je deviens morbide et la tentation de m’esquiver par la fenêtre me guette comme une névrose.

Pourtant, la chaleur et le manque d’air ne semble pas être à priori la plus grande de mes préoccupations.

Il faut que je me fasse tout simplement une raison sans compromettre ma petite amie. Je dois avant tout éviter de provoquer le moindre soupçon de ma présence dans sa chambre et à fortiori dans son armoire !

Ah ! Ah ! Ah ! C’est une blague ! Une bien mauvaise que même les copains ne pourraient inventer… Un sourire nerveux s’empara de mon être comme pour essayer de détendre l’atmosphère hors du temps dans laquelle je fus plongé inexorablement.

Il faisait si sombre et l’odeur du linge propre nettoyait mes pensées les plus revanchardes quant au moment macabre que j’étais en train de vivre.

Mais pourquoi faut-il que cela m’arrive à moi ? Parce que tu n’es pas comme tout le monde, pauvre idiot ! Hum…

Non ! Je ne suis pas un imbécile, tout au plus, une souris qui a succombé au fromage et se retrouve prit au piège.

Alors, je ne suis pas dans un dessin animé mais dans une sorte de réalité qui commence à m’énerver. Pensais-je en essayant petit à petit d’oublier ce moment pénible mais indispensable à la survie de ma personne.

Hum… Un soupçon d’amertume et de colère flirta un neurone quelque part dans mon cerveau. Le dompter ? C’était impossible ! On dit qu’il faut laisser s’exprimer les caprices de la nature pour que s’accomplissent les miracles du destin.

C’est çà ! De belles paroles pour les promeneurs du dimanche sur le parvis de Notre Dame !

Je ne crois pas aux miracles ou au petit bonheur la chance. Cette armoire bordel de m… Mercredi ! Est bien réelle et il faut bien s’en faire une raison. Sacrebleu ! Prendre la chose avec philosophie, calme et réflexion, afin de dépasser l’angoisse d’un certain vide… C’est dans ce genre de circonstance qu’il faut savoir rester flegme comme un british ! Allons du tac mon garçon ! Un peu de classe et porte le menton aussi haut que tu le peux ! Sois fière et retient ton souffle autant que possible sans sombrer dans un délire ! Ne t’endors surtout pas car tu pourrais te mettre à ronfler à cause de la mauvaise posture dans laquelle tu te retrouves.

Pauvre petit diable d’amour ! Un ronfleur dans une armoire ! Il ne manquait plus que çà ! Et puis les souris, tu sais… Cà ne ronfle pas !

Je crois entendre ma mère au moment du coucher… Pareille sornette qui me passe par la tête me fait sourire après tout !

En essayant de m’encourager autant que faire se peut avec les pensées les plus saugrenues qui soient, je m’aperçue que le père de ma petite amie avait cessé toutes remontrances à son égard.

Un silence pesant régna dès lors, je cru que j’étais réellement seul au monde.

Un silence de mort ?

C’est alors qu’une idée d’une violence inouïe traversa  en un dixième de seconde ma personne comme une voie lactée qui jusqu’alors fut immobile, si calme, eue à subir les secousses d’un tremblement inter planétaire.

Je m’aperçue que je transpirais, dégoulinais un torrent de sueur aux aisselles. Et me dit à voix inaudible comme pour mieux me persuader :

Il… Il… Il ne l’a pas étranglé le bougre ? Je vais le tuer le nain ! Qu’il touche un seul cheveu de ma bien aimée et je fais un malheur ! Ce n’est pas possible ! Il ne pourrait faire une chose pareille. On peut tout faire sur terre mais de là…

A ce moment précis, des larmes sortirent de mes yeux comme pour nettoyer une fausse pensée. Je fus pris d’épouvante et mon corps tressaillit à l’idée qu’une chose indescriptible serait arrivée, alors que, j’étais là, enfermé dans une armoire, à me tourner les doigts des pieds dans un noir absolu. Grotesque !

Comment peux-tu rester là, misérable petit soldat de plomb, cloîtré comme un moine dans ton presbytère à prier les anges tandis que là dehors, le peuple s’égorge à faire pleuvoir du sang sur le parvis des innocents ?

Prend garde à ton tour à ne pas mourir idiot !

Jésus Marie pleine de grâce… Qu’est ce qui lui arrive l’athée ? Je voudrais que le curé de la paroisse du coin me fasse une messe ! Le cimetière… C’est l’impression du vide dans le noir complet qui me fait divaguer à ce point. Je ne sais plus si ma tête est en haut ou en bas.

Cette obscurité est si tenace à me faire perdre le sens des réalités. Je tâte de mes mains ce qui me paraît être un champ de mines.

Et puis, les choses de la vie me paressent si illusoire, voir pathétiquement diabolique. Les contrevérités, contradictions, bizarreries s’avèrent n’être que des fantômes pour divertir mes pensées les plus sombres.

Tenez par exemple :

Un chien dans sa niche semble plus heureux que ma personne en ce moment.

Plongé dans cette pénombre tandis que dehors, les rayons du soleil caressent la chambre de ma petite amie. C’est drôle non ?

Ne suis-je pas aussi son soleil et elle, une magnifique nature qui me fascine par son côté mystérieux et si sensuellement irrésistible ? Je suis amoureux ! C’est suffisant pour affronter toutes les tempêtes du monde.

Aux armes citoyens ! L’amour est la seule force des humains pour combattre les guerres. Ne vous laissez pas envahir par le côté obscur des malins qui ne pensent qu’à vous estropier, vous dompter, vous enchaîner, vous emmurer dans les oubliettes de l’enfer !

Que la vie est étrange ! Je me sens comme une bête traquée, enfermé dans une armoire, une prison, un tombeau, un trou noir, un puit abandonné. Tu es fait comme un rat, pauvre con ! L’amour a ses raisons, mais de là, vivre un moment aussi stupide ne peut que…

Stop ! J’en ai marre ! Les pensées les plus obscures commencent à envahir mon être. Je ne dois pas céder à la connerie humaine !

Mais qui est donc son père pour qu’elle en éprouve un sentiment de peur à ce point que je me retrouve enfermé dans une armoire ? Il doit certainement y avoir des raisons diaboliques !

Est-il fou ou dangereux ? Il y a certainement quelque chose là-dedans qui m’échappe ! 

Le bougre de papa est peut-être armé jusqu’aux dents. S’il me trouve ici, dans la chambre de sa propre fille, dans l’armoire ancestrale de la famille… Emmitouflé dans le linge féminin, des culottes sur la tête et tremblant comme une feuille morte à la vue de ce monstre prêt à dégainer sa haine sur ma personne !

Ohé honnêtes gens ! Ai-je donc fait une monstrueuse connerie pour être traité de la sorte ? Jusqu’à présent, les souris ne portent pas de cornes !

Je sens mon cœur battre aux rythmes de mes pensées les plus tordues. Comme les canons de l’enfer, je suis prêt à faire feu sur tout ce qui bouge sans exception. Ce n’est pas le moment de me chatouiller les doigts de pieds. L’adrénaline monte en moi comme pour me prévenir, m’avertir du danger que je cours. Ferme donc ton clapet espèce de vaurien ! Et garde ton venin de serpent à sonnette pour une prochaine fois !

Vois-tu à la lueur d’une bougie, son père jouer de la flûte à bec et t’amadouer sur un air de Raga indien, lancinant au gré d’un vent pacifique, psaume de la réconciliation, amitié et Peace and Love, méditer, communion en paix ? Tu sors de ta boite en osier et la foule te jetant des cacahuètes (Fruit de l’arachide qui se mange volontiers grillé et que l’on jette aux singes dans les zoos). Tu t’incarnes en un dieu de la réconciliation. Foutaise ! Je rêve ou quoi ? 

Soudain, une pensée me vint à l’esprit comme pour m’appâter, me dompter, m’asservir ?

Saisi donc cette chance que tu as de vivre cette angoissante expérience ! Être enfermé dans une armoire par la force des choses, par la stupidité des êtres sans cœur ne peut que t’offrir l’occasion de prendre conscience que tout ne semble pas si rose sur terre.

Ah oui ! Me dis-je ébahie. Ce n’est pas idiot de devenir un peu plus raisonnable, intelligent que les autres…

Hum… C’est l’émotion ! Cà fait peur de vivre ce genre de situation.

J’en ai la chair de poule par moment.

Qui m’aurait fait croire qu’un jour, l’amour, c’est aussi vivre des séquences à risque comme dans les feuilletons américains. Une arme pointée sur toi à te faire pâlir, suinté comme une bête cernée de toute part et qui devine par malheur que l’homme ne l’emmène pas paître, brouter la bonne herbe fraîche, mais qu’elle se dirige tout droit, cette malheureuse vache à l’abattoir parce que c’était sa seule raison de vivre au fond ?

Que de cruautés en ce bas monde ! Pourtant, j’avoue que j’aime manger de la viande autant que le poisson !

Un troupeau de vaches paissait dans la prairie. Le ciel était d’un bleu extraordinaire, laissant la terre profitée des rayons du soleil d’été quand soudain vint inexplicablement des nuages d’un gris menaçant à une vitesse record et un dieu cruel y déverser une colère injustifiée.

- Ciel ! Je commence à délirer ! C’est le mal des profondeurs marin. Le manque d’oxygène me mène en bateau… Je perds mon gouvernail. Au secours ! J’en peux plus ! Je me sens mourir ! Maman, j’ai envie de pleurer ! Qu’est ce que je fou dans cette armoire ? Il fait noir ! Pourquoi le monde est-il si lâche ? Et ce monsieur, père de famille qui a tout pour être heureux, interdit à sa fille de fréquenter…

Merde ! Suis-je tombé amoureux d’une fille dont le père est raciste ? Mais… Ce n’est pas possible ! C’est le manque d’oxygène ! Ca doit être une erreur ! J’ai envie de sortir de cette foutue armoire pour dire qu’il y a erreur sur ma personne.

L’énergumène nature va sortir de son armoire prison et crier aussi fort que possible son amour pour elle et dire :

Vous savez monsieur, la couleur d’une peau n’est rien en comparaison aux couleurs de l’arc-en-ciel qui émoustillent nos cœurs dans la joie et la bonne humeur !

Chut ! Je dois faire silence dans mon être. Ce n’est pas possible que je sois devenu une autre personne, envahi par des pensées noires, des parasites, des petits monstres qui veulent faire de ma personne une funeste nature. Petit diablotin !

Suis-je capable du pire comme du meilleur ?

Pourrais-je moi aussi, prendre une arme et éliminer l’innommable, l’indomptable monstre qui pullule dans ce vaste monde que j’ai toujours cru paradisiaque ? Si tu essayes de me tuer, sache que je pourrais aussi t’écraser comme une mouche ! Crétin de sauvage !  Je n’en peux plus ! Speedé à bloc, je vais exploser cette armoire ! Sortez moi de là ! Ciel ! Je transpire comme un diable qui a peur du noir !

Quelle heure est-il bon sang ? Il doit bien être déjà, euh… 16h ? C’est çà ! C’est certainement l’heure du goûter. La preuve par A+B d’une faim de loup, car je sens un petit creux. Mon ventre commence à s’impatienter. Je sens comme un petit ballonnement !

Les enfants dehors ! C’est l’heure des crottes de nez et des fanfares pour adultes !

L’accumulation des gaz dans les intestins, fait gonfler mon abdomen. L’alchimie d’un savant fou au fond d’une grotte. Il ne manquait plus que çà ! Impossible de contrôler ce gène qui dans pareil moment, ne peut qu’être qu’une bombe à retardement ! Brrr… ! Mince alors ! Retenez moi ou je fais un malheur ! Cà devient sérieux ! Musique ! Ludwig van Beethoven, 9ème symphonie ! Dans la salle, la foule en délire marque l’évanouissement comme un soulagement et sombre dans un trou noir. Je suis désolé ! Je suis désolé ! Mais puisque je vous dis que je suis désolé… Après tout, le corps à ses raisons. Mais de là, à y perdre sa vie à cause de quelques malotrus ballonnements… Au diable la morale ! Au tribunal du purgatoire, le diable m’épargnerait la peine capitale ! Seigneur ! Je ne me suis jamais senti aussi stupide et léger à la fois ! Peut-être faut-il que j’arrête de respirer tout simplement ? Non ! Ce n’est pas le moment de jouer la victime à 10 sous ! J’ai le droit d’aimer qui bon me semble et d’être enfermé dans cette armoire ne fait pas de moi un imbécile à vie. C’est dans ce genre de situation que n’importe qui, forcé d’y être, est confronté à sa propre nature. On ne peut tricher dans pareille occasion et il faut bien réfléchir au comment en sortir sans y laisser des plumes. De belles paroles pour oublier le temps présent ! J’essaye de m’encourager et d’oublier ce misérable temps.

C’était le soir après avoir goûté au premier baiser, qu’un sommeil s’emparait de mon être pour le conduire au-delà des frontières du réel. Je me sentais aussi léger qu’une plume et me laissait bercer par les courants d’air chaud d’une des îles du Pacifique. Le ciel d’un bleu parfait laissait le soleil éclairer ma vue au loin. Tandis qu’en bas, je distinguais une nature encore vierge et sauvage, luxuriante et abondante. Je me mis alors à caresser son corps de mes mains, plume que j’étais, aussi légère que la douceur du moment, je sentis une source de plaisir s’emparer d’une partie de mon  corps céleste, et faire tressaillir l’innocente nature que je fus jusqu’alors. Des cocos tombaient d’un arbre et provoquèrent l’envolement simultané d’un groupe de perroquets précieux aux couleurs flamboyantes. Je fus aussi un autre rêve qui me rappela à mes bons souvenirs comme dans le film Soleil Vert. Un vieux monsieur voulait cesser de vivre car trop vieux et fatigué pour continuer sa route, eut l’admiration de contempler un paysage lors de la projection d’un film dans un hôpital. Ce qui était alors, sa dernière vision panoramique d’un paradis terrestre depuis belle lurette évanouie dans son inconscient du petit être qu’il a été. Une nature paradisiaque parcourait l’écran comme des étoiles filantes. Le vieux monsieur était fasciné, ravit de contempler autant de beauté. La nature à l’état sauvage est un cadeau que l’homme, cet être hideux, possessif et meurtrier, n’a su hélas que la dompter dans le seul but de l’apprivoiser, en prenant soin hélas, d’enlever cette moelle vitale, source de vie et d’innocence… La suite, on l’a connaît. C’est ainsi que notre vieux monsieur finit par rendre l’âme dans un état de contemplation et d’émerveillement. Ma plume quant à elle, s’envola majestueusement vers d’autres courants marins et mon sommeil redoubla de profondeur. Un courant qui était toujours sous-tension, et les rêves continuèrent jusqu’à l’aube. Le matin, je fus réveillé par une fanfare de camions poubelles où les éboueurs chantèrent à cœur joie sur des airs d’un autre temps.

Au fil des heures, je finis par m’accoutumer à l’obscurité pesante qui régnait dans cette armoire. Le silence était d’or et je n’osais pas sortir de cette espace qui m’apprivoisa tel un petit chat abandonné, récupéré par une main charitable et bonne à souhait. Ce fut comme par un miracle que, je crus mon heure venue pour enfin quitter ce piège définitivement lorsque, ma bien aimée s’approcha enfin de l’armoire pour me chuchoter quelques mots apaisants et qui réconfortèrent mon cœur.

- Est-ce que çà va là-dedans ? Dit-elle de sa voix douce, qui après avoir été surprise par la venue impromptue de son père, recouvra à de nouveau sa sensualité et son parfum hypnotisant que je pouvais distinguer et humer, malgré, ce mur symbolique qui s’érigeait entre nous, une porte d’armoire.

- Oui, çà va mieux qu’au début !

Répondis-je spontanément et sans perdre une seconde d’attention, afin qu’elle puisse encore et encore me chuchoter des mots doux.

- Tu sais, mon père était très en colère tout à l’heure.

Il a été vexé que je ne lui ouvre pas la porte tout de suite. Il est vrai que ce n’est pas dans mes habitudes de lui laisser le temps de chercher ses clefs. Mais je n’approuve pas sa réaction. Ce n’est pas une raison !

Sa voix me plongea dans un mélange subtil d’oniriques berceuses que je savourais en écoutant mot après mot, sans en perdre la substance phonétique qui me caressait l’oreille droite, collée à la porte de l’armoire, résonnaient dans mon corps tout entier.

Puis, comme sortit d’un état somnolent, je lui fis par de mes inquiétudes que je ressentis après qu’elle eut fermée la porte de l’armoire aussi vite qu’un éclair.

- Pendant un laps de temps, j’ai eu peur pour toi. J’entendais ton père grogné comme un ours en colère, prêt à te mettre une fessé ! Et puis… Ce que tu m’avais dit à propos de lui avant qu’il ne rentre, me rend fou de rage jusqu’à maintenant. Je ne t’en veux pas. Tu n’es pas responsable des pensées malsaines de ton père. Tu le sais bien, mais c’est si difficile à encaisser et surtout à en subir les conséquences. Rien que pour ses pensées archaïques, j’aurai souhaité qu’il soit aussi noire qu’une boîte de cirage afin, qu’il comprenne une fois pour toute ce qu’être un noir dans cette vie !

Le temps nous manquait pour parler moins superficiellement de ce que nous étions en train de vivre. Je me sentais si faible et honteux de me retrouver si prêt de cette jeune femme dont j’étais épris depuis peu de temps et en même temps, séparé par une porte en bois.

- Je te comprends parfaitement mon chéri. Il y a des cons dans toutes les races et chez les deux sexes aussi. Mais, je ne peux  pas te parler trop longtemps car j’ai peur qu’il rentre dans la chambre…

Puis, le silence redoubla d’intensité comme pour apaiser notre douleur.   

J’étais comme pétrifié de me retrouver à de nouveau livré à mon triste sort, enfermé dans une armoire afin d’éviter le pire.

Est-ce possible de vivre des expériences encore plus douloureuses ? En plaçant cette histoire dans le contexte socioculturel des années 70, il me paraissait évident que les mariages mixtes n’étaient pas encore au goût de tout le monde comme par exemple, son père qui manquait objectivement d’ouverture d’esprit sur son monde.

C’est alors que je me replongeais dans des pensées futiles pour oublier le temps présent.

Une scène de vie m’apparût fugacement et je compris l’interprétation que me suggérait symboliquement son attrait revendicatif et la recherche de la vérité au sens noble du mot.

Je m’amusais par curiosité à compter le nombre de couples mixtes qui déambulaient sur les trottoirs de la capital et à ma grande stupeur ou frustration, rares étaient les occasions où je croisais un mélange subtil de charme exotique avec la blancheur d’une peau européenne.

« Lorsque nous étions à la limite de passer à côté d’un de ces couples, une curiosité grandissait en nous, interloqués et émerveillés par tant de charme et d’intérêt, nous ne pouvions nous détourner du regard de ce que nous étions, autant qu’eux, identiques par la symbiose coloriée et riche en beauté. C’est alors qu’un protocole d’une simplicité toute azimut s’établissait au croisement des couples et ils se complimentèrent en se saluant par des sourires complices, de sorte que nulle autre catégorie sociale et culturelle, ne pouvait en comprendre les réelles motivations.

Certes, l’évolution des mentalités était en marche mais il n’était pas encore admis à l’intérieur des cellules familiales, qu’un bon nègre épouse une jolie blanche. Sur les écrans de télévision, dans la presse, la littérature ou les réclames publicitaires, les stéréotypes faisaient encore bon ménage avec les tabous et rites ancestraux comme par exemple ce bon vieux Banania qui ne lassait pas de garnir les tables du petit déjeuner de nos chères petites têtes blondes. Assurément, nous étions encore plongés à regret dans des simulacres de préjugés, lesquels nous faisaient grincer des dents, tandis qu’un public averti feignait de ne pas comprendre et pouffait de rire à la vue de ces fameux Têtes de nègres qui garnissaient la vitrine des boulangeries, il y a de cela peu de temps encore.

- Une Tête de nègre s’il vous plaît ! Et c’est combien ?

- 1,4O s’il vous plaît !

Hum… J’étais rouge de colère à la vue d’une telle scène et ne pouvait m’empêcher de changer de boulangerie, en essayant ainsi de boycotter, de manifester à ma manière, une certaine répugnance en la circonstance. Je désapprouvais fermement et ostensiblement tout ce qui véhiculait de vieux souvenirs datant de l’époque coloniale, et contribuait inconsciemment ou pas à l’élaboration d’un mouvement ségrégationniste systématique sous toute forme que ce soit, étant donné que je portais fièrement les marques corporelles et indélébile d’une douloureuse histoire enfouie dans les bas fonds d’une cale symbolique, que mes parents ne pouvaient par abnégation témoigner et étaient incapable d’engager dans une conversation aussi anodine soit-elle, car ils en éprouvaient certainement une gène sans aucun doute, une honte refoulée assurément. Cela ne sert à rien de gratter une peau, il suffit simplement de creuser au plus profond de son être pour apprendre à se connaître et savoir faire évoluer les mentalités dans un esprit d’équité et d’acceptation de sa condition. »

Au fur et à mesure que le temps passait, mes idées devenaient de plus en plus sombres, sans que j’en comprenne réellement les motivations. Sans doute la fatigue y était pour beaucoup mais, je ne pouvais admettre que j’étais devenu une sorte de matière inerte qui ne pouvait s’empêcher de penser, de réfléchir, et à fortiori de s’égarer dans des labyrinthes d’une pensée mortuaire ou tout simplement de penser à l’amour comme arme suprême contre toutes les formes d’injustices.

Comment garder son sang froid sans exprimer un cri dans la solitude et le noir que je supporte depuis des heures dans cette armoire ?

Comment ai-je pu tenir jusqu’à maintenant sans éprouver une forme quelconque de rébellion face à l’ignominie ?

N’étant pas plus sage qu’un autre d’autant plus que je suis dans la force revendicatrice d’une jeunesse toujours en proie à la contestation. Que m’arrive t-il pour souffrir en silence et ne me plaindre qu’à moi-même ? Aussi la perversité à ses limites dans pareil circonstance et je me jure que je ne me laisserai pas prendre à ce jeu une prochaine fois !

Mais peut-on contrôler le futur sachant que le présent est un temps où il est déjà difficile de maîtriser les tenants et les aboutissants, tandis que le passé, frappe à votre porte et vous interpelle de manière pernicieuse ? Je sens ma tête devenir aussi lourde qu’un boulet de canon. Comment sortir de cette armoire ? Ah, si j’étais une fourmi ! Je passerai intelligemment entre les mailles du filet et me faufilerai un passage dans la masse des pucerons et autres gardes à manger. Je serai aussi invisible à l’œil nu qu’une épingle à cheveux vis-à-vis des humains autant que possible et je donnerai une piqûre à l’intrus qui oserait m’enfermer dans un placard ! Tout au plus, je sonnerai la charge avec mes vaillants soldats à la poursuite des vermines et nous en finirions une fois pour toute. Microbes d’humains ! Nous réglerons nos comptes en temps voulu !

Ding ! Deng ! Dong ! Qu’est ce donc ? C’est le carillon qui sonne à de nouveau ! Quelqu’un va rentrer dans la maison. C’est… C’est sans aucun doute sa mère ! Je vais être enfin délivré de mon armoire. Sauve qui peut ! Larguez les amarres ! Hissez la voile ! Cap sur Bonne Espérance ! Et branle le pas de combat ! Que je sorte de cette prison une fois pour toute ! Et que le diable me sorte de cet enfer, brûle cette armoire sur le bûcher des sacrilèges ! Mais tu délires voyons ! Sois sage ! Fais comme si tu n’existais pas dans cette armoire ! Ah, mais j’y pense ! Elle doit certainement rentrer de son travail. Il doit être 18, 18H3O. Mon dieu ! Je suis vraiment fait comme un rat ! Vais-je donc passer la nuit ici ? Dans ce cas, il y aurait fort à parier que nous dormirions à deux dans son lit… Non, ce n’est pas possible ! Je ne pourrais pas, après avoir passé une après-midi entière dans une armoire à transpirer… Et puis, c’est vraiment une idée saugrenue, qui ne tient pas debout, à jeter aux oubliettes. Je dois rentrer au plus vite chez mes parents. Ils doivent certainement à pareil heure se demander où je suis. Oh ! Qu’est ce que je vais leurs raconter ? Rien ! Rien de cette mauvaise et cruelle aventure ! Je garderai tout en moi comme un précieux relique. Pas question de se plaindre auprès d’eux ! C’est ridicule à tout point de vue et je suis seul responsable de mes actes ! Je suis grand après tout !

Bon… J’entends sa mère lui parler. De sa voix rossignol, je crois déceler, une maman attendrissante et douce à la fois. Elle semble être une personne agréable à vivre, calme, pas chiante et détendu, bien qu’elle arrive à peine du boulot, un peu stressée et fatiguée, il faut la comprendre.

On dit que les rapports entre mère et fille sont en général d’une complicité féconde et inoxydable à toute épreuve. J’aimerai bien savoir ce qu’elles se racontent en ce moment… Mes oreilles hélas, ne peuvent entendre ce qui se dit dans l’une des pièces de la maison. Je pense qu’elles doivent occuper la cuisine qui, à pareille heure, est le lieu sacré du moment. A mon avis, je pense qu’elle ne doit pas dire un mot du drame vécu dans sa chambre. La pauvre mère rentrerait dans une panique à n’en pas douter.

Ton père se mettrait dans une colère à faire tomber le toit de la maison ! Idée impensable et triste à la fois. Quoi ? Un copain dans l’armoire ! Mais c’est une blague !

Mais rien de tout cela n’arrivera car, le père regarde sans doute la télévision et sa mère s’apprêtera à préparer le dîner. D’autre part, ma petite amie n’est pas une pie qui chante à tout vent pour raconter les milles et une histoire vécue à qui veut l’entendre par intérêt ou pas ! J’en suis certain et convaincu parce que, la jeunesse à ses secrets que les parents découvrent malheureusement que lorsqu’ils atteignent l’âge de la retraite ! C’est peut-être mieux ainsi pour éviter des drames inutiles et incompris !

- Tu sais papa… Assis toi là et écoute moi bien !

Je vais te raconter une toute petite histoire qui n’a plus d’intérêt aujourd’hui et pour tout dire, çà s’est passé durant mon année du bac. Il y a donc déjà fort longtemps. Tu ne te souviens certainement pas de cette soirée où je suis rentrer après l’heure du souper. J’étais plus fatigué qu’à l’ordinaire et d’ailleurs, je n’avais pas vraiment faim ce soir là, ce qui n’était pas dans mes habitudes. Alors tu m’as demandé si j’avais rencontré enfin l’amour pour la première fois et je t’ai répondis que j’avais eu des problèmes de transport. Qu’il y avait eu des problèmes sur la ligne de chemin de fer… Car après avoir passé un nombre incalculable d’heures à être enfermé dans une armoire…

- Quoi ? Tu étais resté des heures à être enfermé dans une armoire ? C’est une blague ! Qu’est ce que tu me racontes là ? Tu as encore fait la fête avec ta femme hier soir ? Encore une de tes fables à dormir debout !

Je m’étais tellement habitué à la pénombre dans cette armoire qu’il me serait égal en la quittant, de vouloir dissocier le jour de la nuit étant donné, qu’il faisait déjà bien sombre dehors. Pensais-je, fatigué de cette mauvaise posture dans laquelle je m’étais accoutumé.

De temps à autre, j’entendais les pas de ma petite amie s’approcher et s’éloigner de sa chambre comme si, elle était en train de faire les cent pas, afin d’éviter à n’en pas douter, que sa mère ne rentre dans la chambre comme par exemple, lui apporter du linge repasser à mettre dans son armoire. Le ferait-elle en ce début de soirée en plein milieu de la semaine ? Qu’adviendrait-il de cette journée dans nos souvenirs d’enfance qui avait été marqué par nos premiers ébats amoureux et la peur grandissante qu’un malheur ne vienne marteler le bonheur qui nous unissait ? J’appelais ceci tout fièrement « Expérience ! ». Etant d’une nature pragmatique, je ne lésinais pas sur l’apprentissage au quotidien qu’une vie m’offrait par abondance, qualifié vulgairement de petits faits divers, celles qui en apparence feignaient d’être ignorés par le plus grand nombre de copains que je fréquentais.

Mais ici, le petit fait divers prenait une dimension spirituelle hors du commun qui me fît réfléchir à plus d’un titre sur la condition humaine et ses tracas à priori sans importance. En quoi pourrais-je être une victime ou une curiosité dans un monde dit civilisé qui place les droits de l’homme tout en haut de la pyramide des hautes valeurs humaines, sans pour autant en respecter les lignes fondatrices d’une nation qui se vantait d’être la lumière du monde ? Depuis belle lurette, les hommes ont appris à vivre avec les mensonges et belles promesses des discours sans lendemain qui font cailler les espoirs comme le lait un mauvais jour.

Mais… J’entends la porte de sa chambre qui se referme et la fenêtre qu’elle ouvre aussitôt.

Il est possible que je sois sur le point de…

- Réveille toi ! Me dit-elle d’une voix décidée.

- Mais je ne dormais pas, tu sais. Cette armoire est une mine d’or pour réfléchir ! Dis-je sur un ton ironique.

- Mon père regarde la télévision et ma mère prend un bain. C’est le moment d’essayer de partir…

Elle ouvra la porte de l’armoire et nous nous enlaçâmes comme deux êtres qui ne s’étaient pas vus depuis la nuit des temps. Un baiser finit par venger l’oppression moment que je venais de subir et elle ajouta comme pour s’excuser.

- Pardonne moi mon chéri, je n’y suis absolument pour rien. Mon père et ses réactions imprévisibles…

- Ce n’est rien tu sais ! Je me suis contenté de penser à des tas de choses futiles ou intéressantes qui m’ont permis de supporter l’après-midi enfermée dans cette armoire !   

Puis, comme pour éviter de tomber à de nouveau dans une angoissante réalité, elle m’encouragea à sauter par la fenêtre.

Un autre baiser nous donna l’espoir d’un lendemain moins perturbant. Nos regards se croisèrent une dernière fois avant que je ne disparaisse encore une fois dans une pénombre, cette fois éclairée par des étoiles de bons augures !

Posté par monsieurouapouap à 12:18 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=158828&pid=4336719

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :